L’elfe et la fée

J’appellerai le jeune homme François, et sa promise Lalla, comme une grande dame en arabe. C’était au début de l’été dernier. Je retrouvai les fiancés chez les parents de François pour les préparatifs de leur mariage. Lalla avait les mains peintes d’arabesques au henné porte-bonheur. Ils étaient gais, presque jusqu’aux larmes. Lors de la cérémonie à la mairie, Lalla pleura d’ailleurs beaucoup. Son amie témoin s’efforçait avec un mouchoir d’empêcher ses larmes de gâter le maquillage.

A la sortie de la mairie, les mariés posèrent pour des photos avec leurs invités dans un coin de verdure. François et Lalla avaient déclaré au moment de la réservation qu’ils auraient environ cent vingt invités. Mais à présent que les groupes défilaient devant moi, le sentiment que j’avais eu à la mairie se confirmait : ils ne pouvaient pas être plus de soixante ou soixante-dix. Comme je le leur avais recommandé, les mariés avaient préparé des listes d’invités qu’ils souhaitaient voir figurer sur les photos, et un témoin s’occupait de constituer les groupes. Je n’avais qu’à faire les photos.

A la salle de réception, je pris de nombreux clichés de détails des tables décorées sur le thème des contes de fées : au centre de chaque table,  trônait une sculpture miniature très fine en forme de fée, de nain ou de magicien. Lalla me demanda expressément de photographier un livre d’or en forme de grimoire dont la page de garde racontait l’histoire d’un elfe et d’une fée que l’amour unissait en dépit de l’antagonisme entre leurs deux clans.

Je pense que vous devinez à présent où cette histoire va nous mener. Mais sur le moment, j’étais trop occupée à faire mon travail pour me poser des questions…

Et voici l’épilogue : je terminai mon travail à une heure avancée de la soirée. J’allai prendre congé des mariés et leur présenter mes félicitations. Je pensai seulement alors à leur demander : n’avaient-ils pas dit à l’origine qu’ils auraient plus d’une centaine d’invités ? C’est alors seulement que Lalla m’expliqua : ses parents étaient contre le mariage. Tout d’abord, je ne compris pas. « Contre le mariage ? Comment cela ? Ils sont contre l’institution du mariage ? » Mais ce n’était pas cela du tout. Enfin, je compris – et pourtant je n’osais pas y croire : ses parents s’opposaient catégoriquement à ce que leur fille, d’origine maghrébine, épouse un Français. Par conséquent, ils n’étaient tout simplement pas venus au mariage, et avaient entraîné dans leur déni toute la famille de Lalla.

Je regardai autour de moi : à part Lalla, il n’y avait qu’une poignée de maghrébins dans la salle…

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Une réflexion sur “L’elfe et la fée

  1. Très joli site! Qui sait, concernant cette Lalla, peut-être que le reste de la famille reviendra vers elle et qu’ils seront contents de voir les photos!

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