Inside Out / ConneXions: la genèse du projet

J’ai rencontré Cecilia à Ulm, en Allemagne. Elle était espagnole, brune, fluette et dotée d’une énergie inépuisable. L’automne passé, elle avait réussi l’exploit d’organiser une exposition d’art contemporain avec une vingtaine d’artistes en trois jours seulement. La ville d’Ulm, dûment impressionnée, a par la suite décidé de lui octroyer tout un énorme hall d’exposition pendant les dix jours que dure le salon Leben Wohnen Freizeit Messe, qui se déroule fin mars et attire environ 80 000 visiteurs chaque année.

Quand j’ai rencontré Cecilia en janvier, elle venait d’accepter le défi, et il ne lui manquait plus que des artistes souhaitant participer! Elle avait déjà vu mon travail et m’en a parlé en termes très élogieux… Ca a été un coup de foudre réciproque.

La location de l’espace pendant le salon nous était gracieusement offerte par la ville. Nous pouvions mobiliser autant d’espace que nous le souhaitions et fabriquer des salles d’exposition mobiles à base de cloisons séparées, et nous disposions d’une équipe de volontaires dynamiques dont les rangs augmentaient de jour en jour. Une occasion aussi rare et une telle liberté d’entreprendre étaient presque vertigineuses.

Il nous restait à définir un projet précis en moins de dix jours, afin de pouvoir le faire figurer dans le programme du salon. Nous nous sommes mises au travail. Cecilia avait toujours son IPhone sous la main, et répondait à n’importe quel message dans les dix minutes. (Une fois, je lui ai même écrit a trois heures du matin, et elle a répondu!)

Bientôt, s’est dessiné un grand projet participatif: j’allais faire le portrait de dizaines d’habitants de la ville, et nous allions nous insérer dans un projet photographique mondial, le projet Inside Out.

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Inside Out est l’initiative d’un français se faisant appeler JR et qui a gagné le Ted Prize, qui récompense les plus beaux projets humanistes. Il s’est donné pour mission de rapprocher les gens et de travailler à la compréhension et au respect dans le monde grâce à des expositions sauvages de gigantesques portraits: il a notamment exposé des portraits d’Israéliens en Palestine et de Palestiniens en Israël.

Emigré depuis aux Etats-Unis, il encourage quiconque le souhaite à lui envoyer des fichiers digitaux de portraits en noir et blanc, et il expédie de très grands tirages (1m35 x 90cm) en retour, avec pour seule consigne de prendre en photo l’installation et de lui envoyer l’image.

Cecilia, son associé Stefan et moi avons réfléchi à la manière de faire communiquer mes portraits entre eux: nous voulions créer des liens visibles entre les gens. Puis nous avons trouvé: je n’allais pas prendre une seule photo de chaque personne mais une petite dizaine, et les portraits affichés regarderaient les portraits voisins. Certains allaient regarder vers la droite, d’autres vers la gauche, d’autres vers le haut ou le bas, suivant des angles divers. Nous allions ainsi créer un réseau complexe de regards sur les murs de l’exposition. Stefan a alors surenchéri: nous n’étions pas obligés de nous en tenir à des tirages papier, nous pouvions aussi faire intervenir les nouvelles technologies. Nous allions fabriquer un couloir muni de détecteurs de mouvement, et, quand un visiteur paraîtrait, les portraits géants de gens apparemment endormis se réveilleraient et suivraient le visiteur des yeux.

Dans les trois jours qui ont suivi, nous avons improvisé un studio en lumière naturelle chez Cecilia et donné rendez-vous à une soixantaine de personnes qui, bientôt, ont commencé à se succéder devant mon objectif. Sur la première photo de chaque série, le modèle brandissait un numéro pour que nous puissions associer son visage à l’autorisation de diffusion correspondante. J’ai demandé à chacun de penser à un rêve qu’il chérissait et de garder ce rêve bien présent à l’esprit, tout en regardant des croix de scotch noir collées aux murs et au plafond. J’ai expliqué tout cela dans un allemand mâtiné d’anglais, avec quelque mots de français pour faire bon poids.

Il en a résulté près de 600 portraits que j’ai réalisés en un week-end (car il aurait été difficile de trouver un si grand nombre de volontaires en semaine). Tout du long, les conditions de lumière ont évolué et j’ai dû procéder aux ajustements nécessaires: fermer un volet à droite ou ouvrir une porte à gauche, rajouter un abat-jour pour surexposer le mur du fond le soir. J’ai cependant travaillé en lumière naturelle par choix: je ne voulais ni imposer de dress code, ni niveler les moments et les personnalités, mais offrir un miroitement humain comme celui annoncé par le nom de notre exposition commune, Kunst Schimmer (« lueur/ reflet de l’art »).

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Capture

Heureusement, mon expérience de photographe de mariage internationale m’a aidée: dans un mariage tout se fait toujours dans l’urgence, on n’a jamais qu’une seule chance de faire la bonne photo, les conditions de lumière sont souvent extrêmes, et les modèles pas toujours volontaires (je pense à vous, messieurs, qui engagez un photographe pour faire plaisir a votre femme!).

Puis, il m’a fallu passer bien des heures à développer les photos dans la toute dernière version de Lightroom, que j’ai achetée pour l’occasion. J’ai, comme d’habitude, créé ma propre nuance de noir et blanc, avec un léger vignettage.

Lightroom

Bureau & 2 dossiers de sortie LR

Une fois les fichiers envoyés en Amérique, a commencé la longue attente des tirages… Après deux semaines sans nouvelles, j’ai dû ce matin passer plusieurs heures à téléphoner en allemand à des services de douanes. Et enfin, la victoire! J’ai localisé le colis! Cecilia va se charger d’aller le chercher demain… Il était temps, car le salon commence dans douze jours, et qu’il va maintenant falloir dresser des cloisons, découper, agencer et coller les tirages d’1m35 de haut!

Le vernissage est le 22 à 16h, Donauhalle, Ulm, en présence de personnalités de la ville.

J’ai documenté le projet au fur et à mesure sur mon profil Facebook. Vous pouvez aussi consulter mon site de photographe et le site du projet Inside Out/ Kunst Schimmer!

Voici quelques-uns des portraits réalisés…

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Une réflexion sur “Inside Out / ConneXions: la genèse du projet

  1. Ping : Inside Out/ ConneXions: exposition réussie! | Blog de Florence Dujarric

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